Références

  • Titre : « Ma devise préférée écrite sur le shikishi : Le coeur du Tenshinshō est l’art de la paix »
  • Titre original : « Shikishi ni kaku zayūnomei : “Tenshinshō no kokoro sunawatchi heihō nari” / 色紙に書く座右の銘 天真正意則平法也 »
  • Auteur : Otake Risuke
  • Revue : Budō (武道) 11/2006, n°480
  • Traduction : Katori-ressources

Catégorie : Article d’Otake Risuke

Ma devise préférée écrite sur le shikishi

Note : le shikishi (色紙) est une feuille de papier colorée destinée à la calligraphie.

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Otake_portrait[Présentation de l’éditeur] Otake Risuke. Bien immatériel de la préfecture de Chiba, maître de l’école Tenshin Shōden Katori Shintō. Il est né à l’époque Taishō 15 dans la ville de Narita, préfecture de Chiba. Il est entré dans l’école Tenshin Shōden Katori Shintō quand il avait 16 ans, période Shōwa 17. Le maître de l’époque était Hayashi Yazaemon. Il est entré dans l’armée de terre au mois de juin de la période Shōwa 20. Au mois d’août de la même année, il est démobilisé. En Shōwa 35, il reçoit le “bien immatériel de la préfecture de Chiba”. En Shōwa 54, il est nommé membre du “Bureau d’enregistrement et d’évaluation des fusils et épées” par le chef du ministère de la culture. En Heisei 17, il a reçu l’ordre du Soleil Levant.

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Il existe trois rouleaux dans l’école Tenshin shōden Katori Shintō : mokuroku, menkyo et gokui kaiden. On entre dans l’enseignement sous la direction d’un maître après avoir appuyé son empreinte de sang (keppan) sur le document d’admission de l’école. Après quatre ou cinq d’apprentissage, on obtient le mokuroku et l’on doit continuer davantage pour obtenir le menkyo. En ce qui concerne le gokui kaiden, même si le niveau technique est bon, on ne l’autorise qu’à partir de l’âge de 42 ans. Tout au début du rouleau de mokuroku, il est écrit :

Pour commencer, « l’art de la guerre » (heihō /兵法) est à la base du chemin du confucianisme (jusha/ 儒者). Par conséquent « l’art de paix » (heihō/ 平法) est profond. Il est alors impossible pour les hommes de ne pas savoir que l’art de la paix qui est de gagner sans sortir le sabre est la base de l’école Shintō »

Le fondateur de l’école Katori Shintō, le seigneur Iizasa Chōisai Ienao, a transmis un enseignement nommé « leçon de bambou » (Kumazasa no kyō-e / 熊笹の教へ). Quand une personne d’une autre école venez le demander en duel, il plaçait un tapis de paille sur les bambous puis il s’y asseyait en invitant ainsi son adversaire « Allez-y, si vous pouvez vous asseoir comme moi, j’accepte votre défi avec le sabre en bois ». On disait que les adversaires n’y arrivaient pas, ils perdaient la volonté de combattre et abandonnaient. On considère que la personne qui gagne comme supérieure et la personne qui perd comme inférieure. Mais, il enseigne que la personne qui atteint ce but sans combattre est le vrai gagnant.
Chez n’importe quel peuple dans le monde, il existe des techniques de combat pour se protéger soi-même et pour protéger son pays. Mais en ce qui concerne le bujutsu, l’entraînement se concentre invariablement sur le fait de tuer en un seul coup. Il n’existe pas de techniques de combat qui permettent de perdre. Cela vous demande également une très forte mentalité. Cependant, si l’on montre cette force à l’extérieur, cela devient violence. Le bushidō est basé sur l’encouragement de l’esprit de sacrifice. Ainsi, la personne qui pratique le budō devrait avoir l’esprit de sacrifice. Depuis les temps anciens, le “mec” (yakara / 輩) qui aime seulement la force ne fait que tuer la vie précieuse par le combat. Il y a beaucoup d’exemples de perte du chemin correct.
C’est curieux que dans l’école Katori shintō, pendant 6 siècles, il n’y a eu aucun combat qui a pu être la base de romans, excepté pour des personnages qui sont sortis de l’école comme, par exemple, Matsumoto Bizen (松本備前) de Kashima qui est mort sur le champ de bataille.
Le fondateur interdit aux héritiers de servir quand bien même ils recevraient un bon salaire. Quand ils servent avec le sabre, ils doivent couper une personne sur ordre du supérieur. Mais, ils n’ont pas le droit de tuer une personne innocente. Ainsi, il est interdit de se mettre au service d’un seigneur car la situation est bloquée entre infidélité et trahison.
Avec un certain niveau de force spirituelle, on peut gagner sans combattre. “S’asseoir en face à face sur le bambou” (kumazasa no ta iza / 熊笹の対座), ce n’est qu’une seule phrase, mais c’est une leçon si difficile et il faut de l’entraînement pour obtenir cette qualité en tant qu’être humain. Si on utilise un langage spirituel, on dit qu’il est beaucoup plus difficile de gagner sur soi-même que de gagner contre mille adversaires.
On sait bien qu’une fois que l’on a reçu la vie dans ce monde – même pour les plantes et les animaux – on s’acharne contre les difficultés sans compter le froid et la chaleur pour conserver notre postérité. Le seigneur Ienao, lui, a formé sa famille. Il souhaitait léguer la prospérité à sa descendance. Lui, il n’avait pas peur de sa vie, il a achevé sa vie de 102 ans sans aucun problème. Si il avait sacrifié ces aspects humains sous prétexte de l’entraînement intensif (shugyō / 修行), alors peut-être que sa maison n’aurait pas été prospère et que sa descendance de Katori n’aurait pas connu la paix sur vingt générations. On ne peut que prendre exemple sur ce grand enseignement qui s’appelle “l’art de la paix”. Le fait d’avoir continué sans interruption jusqu’à aujourd’hui, plus de 500 ans et quelques dizaines d’années après la période Sengoku, c’est un véritable chemin d’éternité. C’est grâce à la grande leçon du fondateur qui s’appelle “l’art de la paix”.
J’approche de mes 80 ans, mais je continue de consacrer toute ma vie à servir le sabre en respectant cette règle de paix en espérant approcher le fondateur Ienao même d’un tout petit peu.

Shikishi

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